burnalgie à 5h du mat!

Un coin pour rire, délirer ?

Et aussi cadeau de ce que vous avez vécu qui éclaire votre journée. Juste construire du beau.
libelluleargentee
Coévoluant
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mer. 22 févr. 2012 23:05

Bonjour tout le monde,

Ok voici un billet-témoignage vécu d'une minusculissime tranche de vie d'un interne en médecine, que j'ai trouvé assez savoureux (le témoignage, l'interne j'ai pas goûté), et ceux/celles qui travaillent dans le milieu médical comprendront bien le ressenti je crois. Grand merci à Dr. Foulard.


"Le journal d’un interne en médecine générale, un peu remplaçant aussi:

Mettons deux ou trois choses au clair.

Les urgences, c’est le plus mauvais endroit de la terre pour vous faire soigner. Je veux dire, d’une façon générale. C’est bien pour une urgence. Point.

Dans votre intérêt, il est préférable que vous ayez un médecin traitant. Mais genre un vrai, pas juste un nom que vous avez choisi au hasard dans les pages jaunes, ou parce que son prénom est le même que celui de votre arrière grand oncle. Pas un à qui vous avez fait signer la déclaration de choix de médecin traitant via la secrétaire en rentrant de carrouf, sans jamais l’avoir vu, parce que « moi le médecin j’le vois pas je suis jamais malade, mais la sécu elle veut que j’en choisisse un ». Choisissez en un qui vous convienne, qui puisse vous recevoir le jour de votre congé. Pour commencer ça sera bien.

Ensuite, ce qui peut être pas mal, c’est que vous alliez le voir lui, quand vous avez besoin de voir un médecin. Ça peut paraître évident. Mais ça ne l’est pas pour tout le monde. Bon, évidemment, pour le truc super urgent, s’il ne peut pas vous recevoir avant 2 jours, c’est peut-être mieux de trouver quelqu’un d’autre. Les urgences, au hasard.

Un exemple (expérience personnelle, niveau de preuve : moi même) : le gars qui a mal au crâne depuis un mois, il en peut plus, il vient aux urgences.

Déjà, ça fait un mois. Degré d’urgence = bof bof.

Interrogatoire, examen clinique, okay c’est bon y’a rien d’urgentissime. Doliprane ça marche pas? Prenez de la codéine avec, et voyez votre médecin traitant pour la suite.

Vous en conviendrez, c’est pas terrible comme prise en charge, on n’a pas résolu son problème. Mais bon, il a mal, on le soulage, c’est notre boulot.

Mais c’est pas suffisant. Il y a encore plein d’autres trucs à faire après. Qu’on ne fait pas quand on n’est pas le médecin traitant dudit patient : le revoir si nécessaire, proposer des examens complémentaires, si besoin proposer un traitement spécifique, etc etc etc…

Autre chose qui peut-être utile à comprendre : les urgences pour votre suivi, c’est vraiment pas le top. On n’est pas bon. On sait pas faire. Et en plus, c’est jamais le même médecin. En gros, c’est comme du nomadisme médical.

Prenons le même patient, toujours expérience personnelle : le gars, il rentre chez lui avec son paracétamol et sa codéine. Ça marche moyennement, ça le shoote un peu, ça le constipe beaucoup, mais il les prend. Il finit la boite, et il a toujours mal au crâne. Il revient aux urgences. Alors le médecin du jour (différent de la fois précédente), pour lui rendre service, ou pour s’en débarrasser, ou pour se donner bonne conscience, il lui redonne les mêmes cachous, ou d’autres, et, pour avancer les choses, vu que le patient est pas très proactif, il lui donne une ordonnance pour faire un scanner.

15 jours pour avoir un rendez-vous, mais il le fait, le scanner.

Et le jour où moi je suis de garde (troisième médecin donc), le bonhomme, avec son histoire longue de 3 mois, 15 boites de doliprane, 6 de dafalgan codéine, une de laxatif, 2 arrêts de travail, il revient aux urgences pour montrer le résultat du scanner. Et puis aussi pour son renouvellement de codéine que ça le soulage pas et que ça lui bouche le trou de balle. En l’occurrence scanner normal.

Et qu’est-ce que je fais moi maintenant ?

Et bah je lui renouvelle sa codéine, son laxatif et je lui dis de se trouver un médecin traitant.
Bien. Donc déclarer le Dr Foulard des urgences de l’hôpital de Troui sur Purin comme médecin traitant, c’est flatteur, mais c’est pas recommandé et dame sécu ne serait pas d’accord.

Ça, c’est pour votre prise en charge. Pour l’optimiser en quelque sorte.

Voyons un autre aspect des choses. Les hommes visualiseront mieux je pense.

Vous avez mal au testicule gauche. C’est valable aussi si c’est le droit. Ou même les deux. Donc il est 5 heures du matin, vous vous dites « diantre, mon testicule gauche (ou le droit, ou les deux) me fait bigrement souffrir. Allons aux urgences ».

Vous appelez les pompiers. (Je dis ça sans aucune arrière-pensée, hein, mais le gars il est arrivé avec les pompiers. Je constate, c’est tout.)

Vous arrivez donc aux urgences avec les pompiers, sur un brancard, fiche d’intervention « un homme est pris de douleurs au testicule gauche », toussa toussa.

L’interne est parti se coucher depuis une demie heure. Il s’est endormi. L’infirmière, sympa avec l’interne, fait poireauter le patient pendant un petit quart d’heure, puis elle l’installe, lui prend la température, la tension, recueille les antécédents, fait traîner les choses, tout ça pour permettre à l’interne de dormir quelques minutes de plus. Puis elle décroche le téléphone, compose le numéro de la chambre de garde de l’interne, prend une voix douce et suave, et lui annonce qu’il y a une douleur testiculaire à voir box 3.

Dans la tête de l’interne il se passe plusieurs choses à ce moment là :

- Putain je suis où ?

- Putain il est quelle heure ?

- Putain elle a vraiment une voix horrible!

- Putain une burnalgie à ct’heure là !

L’interne se lève péniblement, essuie le filet de bave qu’il a au coin de la bouche, essaie d’aplatir cet épi sur sa tête et se rend box 3. Là, un peu endormi, les choses se mélangent dans sa tête, il ne sait plus trop s’il doit d’abord interroger le patient, l’examiner, prescrire une radio (des testicules, la radio, irradiation des petits spermatozoïdes, comme ça, point de descendance, la lignée de burnalgies nocturnes s’arrêtera là).

Par chance, il commence par examiner le patient. Ce dernier lui avoue qu’il a un peu peur que ça soit un cancer des testicules puisque son père et sa mère ont eu la même chose. Entendant cela, l’interne se demande si la castration ne serait pas plus efficace que l’irradiation pour être sûr que cette andouille ne se reproduise pas.

Donc l’interne, l’œil hagard, la paupière lourde, prie le patient de se lever et de baisser son pantalon, se met à genou et commence à lui palper les bourses. Fatigué, il s’endort un peu, essaie de réfléchir à que faire de ce patient dont les bourses ne semblent pas plus inquiétantes que cela, prend conscience qu’il malaxe toujours les précieuses du patient, se ressaisit et pose quelques questions tout en continuant son examen.

J’en viens au fait, et au conseil que je voulais donner à ces messieurs.

Prenez conscience qu’à ce moment là, l’interne a vos couilles entre les mains, et évitez de choisir cet instant pour lui révéler qu’en fait, ça fait 10 jours que vous avez mal."

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